Léonide Pliouchtch : du Komsomol aux « Dialogues avec l’ange »

Léonide Pliouchtch est décédé à Bessèges (Gard) le 4 juin 2015 à l’âge de 76 ans.

Pour le grand public, il est surtout connu pour avoir été l’un des plus célèbres « refuznik » soviétiques pendant la glaciation brejnévienne des années soixante dix. Mais avec sa femme Tatiana, ils ont aussi été les traducteurs en russe et en ukrainien des Dialogues avec l’ange, qu’il considéraient comme « une nourriture vraie » et ont adhéré à Adda, l’association qui publie ce blog.

Léonide Pliouchtch et sa femme Tatiana chez eux à Bessèges en 2013

Léonide Pliouchtch et sa femme Tatiana chez eux à Bessèges en 2013

Né en 1939 dans une famille ukrainienne exilée au Kirghizistan, puis rapatriée en Ukraine après la seconde guerre mondiale, Léonide Pliouchtch fait des études brillantes en mathématiques dans les universités d’Odessa et de Kiev. A cette époque, il est un communiste convaincu, membre actif du Komsomol : il ira même jusqu’à poser sa candidature au KGB, qui la refuse car des séquelles d’une tuberculose osseuse attrapée dans l’enfance le font boiter.

La déstalinisation et la corruption de la communauté universitaire d’Odessa lui font rapidement perdre ses illusions et « son désir d’être honnête avec lui-même » l’amène à rechercher une autre voie. Léonide Pliouchtch se rapproche alors progressivement des milieux dissidents soviétiques, ce qui n’échappe pas au KGB, qui dans un premier temps le fait licencier – il est chercheur en mathématiques à l’Académie des sciences ukrainiennes – et le réduit au chômage.

Arrêté en 1972, il est condamné un an plus tard à l’asile psychiatrique pour « menées antisoviétiques » et diffusion de « textes dactylographiés ». Ses conditions de vie dans les deux hôpitaux où il séjournera et qu’il raconte dans son livre de mémoires Dans le carnaval de l’histoire, sont effroyables . Mais son cas devient l’objet d’une intense campagne internationale conduite par les mathématiciens français Laurent Schwartz, Henri Cartan et Michel Broué avec le soutien de nombreuses organisations luttant pour les droits de l’homme. Il est expulsé vers la France en 1976, où il restera jusqu’à sa mort. Il s’engage alors dans la défense des persécutés et des droits de l‘homme.

C’est sa femme qui s’intéresse la première aux Dialogues avec l’ange. Sa rencontre avec le livre se fait sur un petit voilier, en pleine mer, avec le cri des mouettes. De retour en ville, elle n’a pas de mal à convaincre son mari de l’importance de cet ouvrage et de la nécessité de le traduire dans leur langue. Ce travail leur demandera dix ans, pendant lesquels ils s’efforceront « de réduire au minimum (leur) ingérence dans le texte », s’appuyant essentiellement sur les versions françaises et allemandes, tâche qui fera surgir de nombreuses interrogations que Léonide consignera dans la savoureuse préface de Dialogi co Angelom, publié en 2006 à Kiev.

FM

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