Vera Székely, une artiste révélée à elle-même par Hanna Dallos et les « Dialogues avec l’ange »

« Plus j’avance dans la rédaction de mes rencontres avec l’œuvre de Vera, plus j’ai le sentiment que l’ange ne s’est jamais vraiment éloigné d’elle. »
Daniel Léger, Vera Székely Traces, Bernard Chauveau Edition, 2016, 176 pages

traces_vera-szekelyDaniel Léger et sa femme sont amateurs d’art. Un jour, dans une vente, ils ont le coup de foudre pour une table en céramique dont ils ne découvriront que plus tard la signature : Vera Székely. Leur achat, qui les intrigue et les comble à la fois, sera le début d’une histoire marquée par la rencontre avec cette artiste dont ils ne savaient rien. La rencontre sera unique, car Vera meurt trois ans plus tard, mais leur vie en sera comme aimantée. Ce livre est le journal d’une enquête, à la recherche des traces, à la fois éphémères et profondes, laissées par l’artiste et d’une quête de la source mystérieuse qui l’inspirait.

La source semble pouvoir être localisée en Hongrie, à Budapest. Vera et son mari, le sculpteur Pierre Székely, y ont tous deux été, très jeunes, élèves de Hanna Dallos dans les années 30 et jusqu’en 1944. Graphiste, graveur et peintre, Hanna était une jeune femme vivante et drôle, intelligente et profonde, et aussi une pédagogue exceptionnelle. D’elle, ils ont tout appris : la pratique artistique assurément, mais bien plus encore. Ils la considéraient comme leur Maître, au sens oriental du terme. Ils furent aussi les premiers lecteurs des Dialogues avec l’ange, alors encore à l’état de notes manuscrites, dont Hanna fut la voix, mais pas le locuteur. Cela avait en effet commencé par cet avertissement à son amie Gitta Mallasz : « Attention, ce n’est plus moi qui parle. » Ceux qui parlaient se dis(ai)ent au-delà de l’espace et du temps…

Daniel Léger en est persuadé, Vera Székely sera marquée à vie par cette initiation, et son œuvre est l’expression du monde intérieur révélé par son Maître. Elle en tire toute sa force, son originalité, son indépendance et son mystère.

Table basse en céramique de Vera Székely (vers 1955) – Photo Daniel Léger

Table basse en céramique de Vera Székely (vers 1955) – Photo Daniel Léger

En 1987, Vera explique la nature de sa rencontre avec Hanna Dallos à Christian Dumon, avec lequel elle travaille pour une exposition : « Cet enseignement a plus été une histoire d’amour qu’une histoire intellectuelle, et je crois que c’est la voie la plus directe (…) La spiritualité fait partie intégrante de la vie, c’est comme manger, boire, travailler, prendre une douche, faire l’amour, faire le jardin, ce n’est pas à part. Nous avons les pieds sur terre et la tête dans le ciel. Nous sommes le trait d’union entre les deux. Personne ne peut être détaché, désolidarisé de ce qui se passe dans le monde. Nous faisons partie de ce magma : l’humanité. Nos actes, nos pensées, ce qu’on dit, ce qu’on mange, ce qu’on inspire, ce qu’on expire, tout a une importance énorme. »

Vera Székely – "Dans l'Espace". 10e Biennale de la Tapisserie, Lausanne

Vera Székely – « Dans l’Espace ». 10e Biennale de la Tapisserie, Lausanne 1981

La personnalité de Vera Székely a beaucoup marqué le professionnel de la culture qu’est Christian Dumon. Il se souvient du « côté physique de son travail, sa volonté, la tension de ses œuvres, son rejet du mou, de l’esthétique, tout autant que sa sérénité et sa grande humanité ». Mais elle marquera encore plus sa fille Raphaëlle qui n’avait alors que 5 ans. Comme elle se promène au milieu de toiles arachnéennes montées par Vera, une douce foudre la touche, « une reconnaissance immédiate et réciproque. Vera m’a ouvert un fleuve », dit-elle. « Tous les moments avec Vera étaient hors du temps, suspendus du quotidien. Ça a été ma rencontre avec le spirituel, les dimensions sans limites. » Ce que Hanna Dallos avait été pour elle 50 ans plus tôt, Vera Székely le fut d’une certaine manière pour Raphaëlle Dumon. Leur rencontre a décidé de sa vocation d’artiste, mais la liberté qu’elle lui a donnée l’a fait plus tard se retirer d’un milieu artistique dans lequel elle n’était pas à l’aise. Elle ne s’en sent pas moins pleinement créatrice maintenant qu’elle travaille la vigne…

« Si on récolte quelque chose, des cerises, des expériences, une certaine connaissance de la vie, il faut partager. Ce partage est essentiel. » Vera Székely

EL

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