En 1943, des anges parlaient déjà d’écologie

A Budapest en 1943, les questions écologiques ne sont pas à l’ordre du jour des réunions de quatre amis très proches, dont trois vont être engloutis par le génocide juif. Et pourtant, l’extraordinaire enseignement spirituel qu’ils reçoivent alors de la bouche de l’une d’elles – retranscrit dans les Dialogues avec l’ange – s’adresse également à notre époque confrontée à des problèmes non moins cruciaux. Aujourd’hui, c’est l’existence même de l’humanité qui est menacée par la surexploitation d’une nature devenue corvéable à merci.

L’homme fait fausse route

Les avertissements sont peu nombreux dans les Dialogues avec l’ange, mais ils annoncent déjà la crise morale et écologique dans laquelle l’humanité s’enfonce aujourd’hui : démesure de la technologie, prédation, surconsommation, course à la richesse, misère, guerres…

Crédit photo MMA|MHO

Crédit photo MMA|MHO

– Tout un réseau de routes bétonnées
parcourt la terre en tous sens.
Elles sont vastes, larges et lisses,
et la folie les chevauche.
Il y a beaucoup de voies, beaucoup.
Ne sois pas étonnée,
si l’homme a oublié la petite, l’étroite, la seule !
(Dialogues avec l’ange, entretien 20 avec Lili, p. 118)

La matière fait explosion,
nausée de la saturation et de l’excès, du « beaucoup ».
Que vienne le « plus » !
(Dialogues avec l’ange, entretien 63, p. 303)

Maintenant, c’est la volonté de l’homme
qui s’accomplit, et non la Sienne.
L’homme est le plus féroce des carnassiers.
Sa main est pire que la griffe d’un prédateur.
Il sera pris à celui qui prend,
parce qu’il n’est pas digne d’avoir des mains :
la main n’est pas destinée à prendre.
(Dialogues avec l’ange, entretien 35 avec Lili, p. 215)

La Nouvelle Récolte est Lumière et non métal luisant.
L’homme s’est tant creusé la tête
pour savoir comment le fer deviendrait or,
que l’or est devenu fer,
Et le fer s’est abattu sur lui…
(Dialogues avec l’ange, entretien 23 avec Gitta, p. 136)

Une voie étroite mais enivrante

« L’homme a oublié la petite, l’étroite, la seule voie. »

Dialogues avec l’ange est d’abord un enseignement spirituel, mais ce serait le mutiler que de ne pas relever sa dimension cosmique, matérielle, humaine. Les anges nous mettent en garde : il ne s’agit pas pour l’homme de « s’élancer dans l’esprit » en se défaisant de la matière, comme le proposent certaines voies spirituelles, mais d’être le pont entre matière et esprit, pour les relier et faire naître « la matière nouvelle, la Matière-Lumière ».

Le mot « matière » est à comprendre ici au sens large. Le vivant, qu’il soit végétal, animal ou humain, fait partie du monde de la matière. Mais dans l’homme et par l’homme, la matière se spiritualise. L’homme est à la charnière entre les deux mondes, à la fois créature pétrie de matière et créateur pétrissant la matière. Il ne peut s’accomplir en se cantonnant à une rive : ni en misant tout sur la matière, ni en aspirant à une existence désincarnée. Il est le pont qui relie en s’appuyant sur les deux rives.

A la pointe de l’évolution, il a un rôle essentiel à jouer. «L’homme est l’âme de la création».

Du minéral au divin, sept degrés jalonnent le chemin de l’évolution. L’homme est le quatre, placé au cœur de l’univers entre les trois degrés du monde créé – minéral, végétal, animal – et les trois degrés du monde créateur. Il est appelé à faire advenir l’Homme, soit les sept ensemble.

L’ancienne image de l’homme placé au sommet d’une création à sa disposition cède la place à un nouveau paradigme. La création n’a pas été faite pour l’homme, une fois pour toutes, mais elle continue, avec l’homme et par l’homme. L’homme n’est plus invité à dominer et à soumettre. Il ne doit plus « se » servir, mais servir, se mettre au service du plan divin en faisant la jonction entre la matière et l’esprit.

Kapcsolat (Jonction), de Pierre Székely, 1963, Berlin (Photo : Peter Kain)

Kapcsolat (Jonction)
Cette sculpture est l’oeuvre de Pierre Székely, qui fut élève de Hanna Dallos, par la bouche de laquelle des anges se sont exprimés à Budapest en 1943.
L’homme a pour tâche de faire la jonction entre la matière et l’esprit afin qu’advienne l’Homme, un homme total englobant le minéral, le végétal et l’animal, Dieu et les anges.
Berlin, 1963 (Photo : Peter Kain)

 

Les Dialogues avec l’ange appellent à une « écologie totale qui n’oublie rien ni personne, ni Dieu ni les hommes ni les anges ni les animaux les plantes et tous les êtres vivants et pas même l’étant inanimé. » [*] Une écologie qui dépasse la simple protection du vivant. Une écologie qui, si j’ose dire, élève le niveau de Vie.

D’un pain, beaucoup de pains,
ce n’est déjà plus un miracle,
car la terre est rassasiée de pain!
De la multitude des hommes : L’HOMME. –
C’est le nouveau miracle.
C’est le nouveau pain qui assouvit toute faim,
car tous en auront.
(Dialogues avec l’ange, entretien 34 avec Lili, p. 207)

Et pour cela, nous sommes invités à une transformation personnelle radicale, un retournement, une nouvelle naissance, pour faire advenir le monde nouveau.

L’homme ne peut plus vivre comme un animal, centré sur lui, ne cherchant que sa propre satisfaction. Pour l’homme, l’acte par excellence, c’est donner, non pas donner ce que l’on a pris à la nature, mais « se » donner.

Semez le grain que vous êtes VOUS-MÊMES,
ne le gardez pas!
(Dialogues avec l’ange, entretien 56, p. 287)

Attention, ne semez pas le grain dans la terre !
Il y a assez de blé,
les greniers sont pleins depuis longtemps,
mais le Ciel est vide.
Personne n’y a encore semé du grain.
Semez le grain là où personne ne l’a jamais osé.
(Dialogues avec l’ange, entretien 48, p. 264)

Et s’il suit la voie étroite, en laissant derrière lui l’ancien, alors « sa joie n’aura pas de mesure ».

L’animal a faim, il se rassasie et cela suffit.
L’homme est rempli, il rayonne —
et cela ne suffit jamais,
donc sa joie n’a pas de mesure.
(Dialogues avec l’ange, entretien 31 avec Lili, p. 191)

EL

[*] Selon la formule de Falk van Gaver

C’est à Gitta Mallasz que nous devons de connaître les Dialogues avec l’ange. Ayant réussi à quitter la Hongrie communiste en 1960 pour s’installer en France, elle n’a eu de cesse de  traduire ou faire traduire ses notes, en français puis dans de nombreuses autres langues, et plus tard de les commenter lors de conférences. Voici ce qu’elle disait peu de temps avant sa mort sur la responsabilité de la l’homme envers la Terre.

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