Lili Strausz repose à Augsbourg

Lili Strausz

Lili Strausz, l’une des destinataires des Dialogues avec l’ange, est morte en 1945 à Augsbourg dans un convoi de femmes.

Après avoir appris cet hiver que la ville de Bayreuth avait rendu hommage à Hanna et à quelques unes de ses compagnes, je me demandais si quelque chose avait été fait pour Lili à Augsbourg. C’est en effet dans cette ville de Bavière que son corps a été débarqué le 4 mars 1945 après qu’elle eut succombé au typhus dans un convoi de femmes en provenance de Ravensbrück. N’ayant rien trouvé sur Internet, je m’étais promis d’aller sur place.

L’occasion s’étant présentée en juillet 2015, je programme deux jours avec ma femme pour faire des recherches dans les cimetières d’Augsbourg : sept municipaux, un catholique, deux protestants et deux juifs. Arrivés sur place le soir du 15 juillet, nous nous préparons à une longue journée dans la chaleur de ce bel été. Mais grâce à un enchaînement de rencontres, nous allons aboutir beaucoup plus rapidement que nous ne le pensions.

Sur les indications du personnel d’un des premiers cimetières que nous visitons, nous nous rendons au Westfriedhof (cimetière de l’Ouest) où se trouve l’administration centrale des cimetières municipaux. L’homme qui nous accueille ne trouve pas Lili dans son fichier, mais nous dit qu’il y a dans le cimetière deux secteurs consacrés aux guerres mondiales. Nous trouvons sans difficultés celui concernant la deuxième, qui rassemble des tombes de soldats et de victimes des bombardements aériens, mais pas de victimes des camps. J’engage alors la conversation avec un homme âgé en vélo venu sur la tombe de sa mère. Il nous conduit au secteur de la première guerre et nous apprend qu’il y a aussi un mémorial des victimes des camps, où se trouvent des juifs, ce que ne nous avait pas dit l’homme de l’administration.

Monument à la mémoire des victimes des camps à Augsbourg (Bavière)

Là, de part et d’autre d’un monument « en mémoire des 235 victimes de camps de concentration †1945 qui reposent ici », nous découvrons une trentaine de plaques gravées en pierre dispersées dans l’herbe. La plupart portent des croix, une seule l’étoile de David. Sur l’une de celles portant une croix, je découvre l’inscription :

STRAUSS Lilli 45 Jahre (45 ans)

Après que l’homme nous eut quittés, nous nous recueillons longuement devant la plaque, dans ce lieu sobre et calme, un peu à l’écart.

Lilli Stauss semble bien être la Lili Strausz des Dialogues avec l’ange

Très vite les doutes m’assaillent. Est-ce « notre » Lili ou une autre ? Les orthographes du nom et du prénom sont différentes, l’âge n’est pas le bon (Lili n’avait que 38 ans) et pourquoi une croix et pas l’étoile de David comme sur une plaque voisine ? Lili a certes été baptisée à Katalin, mais c’est en tant que juive qu’elle a été déportée. Ce qui est par contre certain, c’est qu’elle est bien une victime des camps, morte en 1945 à Augsbourg. Où sa mémoire serait-elle honorée si ce n’est là ?

Nous trouvons des réponses l’après midi au cimetière juif de la Haunstetterstrasse. Parmi des tombes de l’époque de la seconde guerre, des plaques de petite dimension attirent mon attention : la plupart portent des noms relevés le matin au Westfriedhof sur la plaque à l’étoile de David ! Je comprends alors que si Lilli Strauss ne figure pas sur cette dernière, c’est qu’elle n’était pas d’ici. La plaque réunit en effet des membres de la communauté juive d’Augsbourg, enterrés dans leur cimetière. J’en aurai la confirmation le lendemain à l’hôtel de ville, où je trouve pour la troisième fois, sur une plaque commémorant l’assassinat de « juifs d’Augsbourg », les noms trouvés au Westfriedhof et au cimetière juif. Sur cette plaque de l’hôtel de ville, il y a d’ailleurs des Strauss, mais pas de Lilli ni de Lili.

J’ai maintenant l’intime conviction que c’est bien « notre » Lili (avec un seul l), qui a été recensée par la ville d’Augsbourg qui a aménagé ce lieu du souvenir en 1950 pour les victimes de camps originaires d’Augsbourg ou mortes à Augsbourg. D’ailleurs, sur « sa » plaque, il y a cinq autres femmes. C’est la seule plaque qui réunit autant de noms de femmes. Peut-être des femmes du convoi dont les corps ont été débarqués avec le sien en gare d’Augsbourg le 4 mars 1945 ? Eva Danos parle de cinq nouvelles mortes en ce petit matin.

De retour à l’hôtel, je découvre que tout était déjà sur Internet : une simple question d’orthographe de ses nom et prénom m’avait fait passer à côté…

EL

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