La ville de Bayreuth se souvient de Hanna Dallos

Nous savons désormais ce que sont devenus les corps de Hanna Dallos et de cinq de ses compagnes, débarqués d’un convoi de prisonnières au matin du 1er mars 1945 en gare de Bayreuth. Le train avait stationné plusieurs jours dans cette ville, bloqué dans sa progression par les bombardements alliés.

En mémoire de Erzebet Laszlo, Hanna Dallos-Kreuzer, Elisabeth Merkowitz, Eva Balin, Klara Erdö, Magda Has, décédées dans un convoi de prisonnières en provenance de Ravensbrück, lors d'un arrêt de plusieurs jours du train plombé à Bayreuth. Photo : Nord-bayerischer Kurier

En mémoire de Erzebet Laszlo, Hanna Dallos-Kreutzer*, Elisabeth Merkowitz**, Eva Balin, Klara Erdö***, Magda Has, décédées dans un convoi de prisonnières en provenance de Ravensbrück, lors d’un arrêt de plusieurs jours des wagons plombés à Bayreuth. Photo : Stadt Bayreuth

Les cadavres ont été mis dans des sacs en papier et enterrés anonymement au cimetière municipal de Bayreuth. Les recherches entreprises en 2013 par le Dr Sylvia Habermann, directrice du musée historique de Bayreuth, ont permis de rendre enfin leurs noms à ces femmes, et à un petit groupe de citoyens de la ville**** de faire poser une plaque dans le cimetière. Le 27 janvier 2015, soixante-dix ans après, elles ont ainsi pu recevoir un hommage officiel de l’Allemagne à l’occasion de la journée nationale du souvenir pour les victimes de la dictature nazie.

Eva Danos raconte dans Le dernier convoi le long calvaire des centaines de femmes juives, dont ses amies Lili et Hanna avec lesquelles elle avait été arrêtée à Budapest. Parti de Ravensbrück le 17 février, le train devait livrer les prisonnières à Burgau, une annexe du camp de Dachau, où ces femmes étaient attendues pour travailler dans une usine Messerschmitt. Il mettra seize jours pour traverser l’Allemagne.

La dernière nuit de Hanna

« Le désarroi de la nuit m’a empêché de veiller sur Hanna. De temps en temps, je l’ai entendue soupirer « Oh Joseph… Maman… Papa », mais je ne craignais pas encore le pire. Cependant, le matin désolé jette sa lumière austère sur son cadavre. Ses yeux sont grand ouverts, son visage porte les stigmates de la mort. Elle gît là à peine à un pas de moi, et mon cœur se glace et se paralyse : ainsi voilà ce qu’est devenue la chaleureuse Hanna qui croyait avec la ferveur d’un apôtre à la noble nature et à la vocation sublime de l’humanité. Hanna qui était toujours à la recherche du beau, du vrai, du pur, qui essayait partout de trouver le bon, même dans ce qui pouvait paraître le pire, Hanna eut à subir une fin des plus laides, et des plus dégradantes. Ainsi l’un des plus grands talents de l’art graphique Hongrois, l’une des affichistes les plus douées qui avec ses dessins avait fait connaître notre art populaire en Angleterre, a dû finir sa vie sur le plancher misérable d’un wagon à bestiaux allemand. Oh Hanna, très chère Hanna ! (…) En nettoyant, je me penche par la porte du wagon. Les Allemands sont en train d’enlever le sac contenant le corps d’Hanna et en silence, je dis adieu à notre amie. Je lis le nom de la gare : Bayreuth… quel hasard atroce : Wagner… Festspiele (Festival)… et Hanna morte. »

Lili, elle, sera emportée trois jours plus tard par le typhus et son corps descendu à Augsbourg.

* Hanna Dallos n’est pas née le 14 avril, mais le 14 juin 1907, comme l’indique Gitta Mallasz dans les Dialogues avec l’ange (p. 291), une semaine avant elle.

** Elisabeth Merkowitz est « la petite idéaliste de vingt ans, les yeux emplis de rêves, qu’Hanna a baptisé Puck à cause de son étrange ressemblance avec le petit lutin du Songe d’une nuit d’été. » (Le dernier convoi, p. 59)

*** Klara Edö est probablement Klara Erdélyi, qui partit de Budapest par le même train que les trois amies, fut leur compagne à Ravensbrück et fut enfermée dans le même wagon qu’elles. Elle fut aussi la première à y trouver la mort.

**** Il s’agit de Felix Gothart, président de l’association culturelle juive, de l’historien Norbert Aas, du Dr. Sylvia Habermann, directrice du musée historique et de Carsten Hillgruber, référent social.

Le cimetière municipal de Bayreuth se situe Erlanger Strasse et la plaque se trouve sur le mur de séparation entre le nouveau et l’ancien cimetière, mais les deux tombes ont malheureusement été remplacées par d’autres.

Voir aussi l’article de Michael Weiser dans le Nordbayerischer Kurier, qui nous a fourni les informations.

EL/FM

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