Dominique Raoul-Duval, éditrice des Dialogues avec l’Ange et compagne de route de Gitta Mallasz, nous a quittés

Dominique Raoul-Duval, la première éditrice des Dialogues avec l’ange, est décédée samedi 22 février à l’âge de 86 ans, des suites d’une longue et douloureuse maladie. Ainsi disparaît celle qui a initié la diffusion de ce livre, considéré comme un des ouvrages de spiritualité les plus importants de notre temps.

Extraits d’une interview réalisée chez elle en 2014 par Fabien Le Boulluec.
Les extraits des Dialogues avec l’ange qu’elle lit sont ceux qu’elle préférait.

A l’époque, collaboratrice chez Aubier, maison réputée pour son sérieux en matière de religion et de spiritualité, Dominique Raoul-Duval eut connaissance du manuscrit en 1976 grâce à Claude Mettra. Celui-ci, producteur à France-Culture avait consacré une émission de Les Vivants et les Dieux à Gitta Mallasz et aux entretiens qu’elle et trois de ses amis avaient eus avec des anges. Il lui proposait d’en publier le compte-rendu. Quand elle lut ce manuscrit, elle fut enthousiasmée, mais elle craignait cependant que le document soit refusé vu son caractère extra-ordinaire. Mais non : le lecteur, bien qu’étant un jésuite extrêmement sourcilleux, reconnut que cette expérience spirituelle était authentique. Une fois l’accord obtenu, elle s’efforça alors, avec son équipe de mettre en valeur le caractère unique des « Dialogues ». Elle élimina de la couverture tout nom d’auteur (de toute façon, qui désigner comme auteur ?), ainsi que celui de la maison d’édition pour que n’y figure que le nom du livre, sa trouvaille. C’est ainsi que Les quatre messagers, titre initial du manuscrit, devinrent Les Dialogues avec l’ange.

Dessin de Gitta Mallasz, à l’occasion de la sortie de son livre avec Dominique Raoul-Duval,  Petits dialogues d’hier et d’aujourd’hui.

Commence alors entre Gitta et Dominique une longue collaboration qui ne s‘achèvera qu’avec la disparition de la première … et même au-delà puisque quelques mois avant sa mort, elle travaillait à une troisième édition des Dialogues, après celle de 1976 et l’intégrale de 1991, sur lesquelles elles travaillèrent ensemble. Dominique Raoul-Duval participera aussi à l’élaboration de deux des quatre livres de commentaires de Gitta, Les dialogues ou le saut dans l’inconnu (1989) et Petits dialogues d’hier et d’aujourd’hui (1991).
Plus qu’une collaboratrice, Dominique aura été pour Gitta une compagne, une amie. Toutes les deux pratiquaient deux vertus cardinales, la ténacité et l’humour. Dans le domaine de la langue française, dont elle connaissait tous les pièges et les curiosités, et de la typographie – toutes les spécificités, Dominique était imbattable. Quant à leur bon usage, elle était implacable, d’où parfois des discussions animées. Mais Dominique tenait bon, ce qui amena Gitta à la qualifier d’ « adorable bourrique », accompagnant généralement ce sobriquet d’hilarantes caricatures. Toutes deux étaient de bonne compagnie.
Cette aptitude à être une excellente éditrice – quarante ans dans cette profession – devait être inscrite dans ses gènes… Issue par sa mère d’une grande famille protestante, les Bost, son grand-père Charles, fut un des plus importants historiens du protestantisme, mais aussi un musicien, dramaturge et journaliste, et deux de ses oncles, des écrivains célèbres. Pierre Bost fut un grand scénariste : Le diable au corps, La traversée de Paris, et plusieurs films de Bertrand Tavernier. Jacques-Laurent Bost fut un intime du couple Sartre-Beauvoir, une des plumes des Temps modernes et du Nouvel Observateur. Côté paternel, elle est la tante de Marie Nimier.

De l’ivresse alcoolique à l’ivresse divine

Dominique Raoul-Duval fut aussi écrivain et signa deux récits autobiographiques :
Jusqu’à plus soif (1999), paru sous le pseudonyme Anne V., raconte son calvaire et sa honte d’être alcoolique, ses efforts pour s’en sortir et ses échecs… Jusqu’au jour où elle pousse la porte des Alcooliques Anonymes, y rencontre des semblables qui ne la jugent pas, mais au contraire l’accueillent, ce qui la sauvera. Elle parvint à se désintoxiquer, et restera active toute sa vie dans l’association à qui elle doit sa résurrection.
Mère Amour (2012), est une chronique tendre et sensible de la grande vieillesse de sa mère, qui, dit-elle avec humour, avait gardé une solide santé mais était affublée d’une « mauvaise mémoire ». Dominique s’efforça alors, non pas de prendre sur elle et d’assumer héroïquement les faiblesses et les errements de celle qui fut sa mère et était devenue sa fille, mais d’inventer une nouvelle relation dont elle découvre la richesse au fil de mille petites anecdotes…

Dominique Raoul-Duval, Gitta Mallasz et Jeanne Gruson à la Géode vers 1990
Photo Trinh Xuan Thuan

Dans ces deux ouvrages, Dominique Raoul-Duval ne se sert pas de l’écriture comme d’une thérapie, pratique courante dans la littérature actuelle. Ses récits ne sont pas sur le mode du « Je », mais du « Nous » et recèlent toutes sortes de pistes et des clés destinées à aider le lecteur.

Infatigable, Dominique avait aussi d’autres engagements. Outre l’association des Alcooliques anonymes, elle animait un groupe de méditation chrétienne au Forum 104 ; là, assise sur un zafu, elle partageait un temps de silence tout simple avec les autres.

Dominique était belle, très élégante dans des vêtements en camaïeu beige. Attentive aux autres, sa conversation était toujours mesurée. Elle avait un humour ravageur. C’était une grande dame.

Elle laisse un grand vide dans notre association (Adda), dont elle faisait partie depuis sa création, ainsi que dans la maison de Chaville où elle vivait avec « Favory », son mari artiste peintre.

Françoise Maupin

>> Nos remerciements à Bernard et Patricia Montaud pour la reproduction du dessin de « l’adorable bourrique » paru dans les Cahiers d’Art’as (N° 27, juin 1993).

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